Quelle est l’origine de la tomate ?

La tomate est aujourd’hui le légume le plus cultivé au monde. Pourtant, son histoire est bien plus mouvementée qu’on ne l’imagine : crainte, méprisée, parfois vénérée, elle a mis plusieurs siècles à conquérir les cuisines européennes.

C’est justement ce qu’on va voir ensemble.

Origine de la tomate

Une plante née dans les Andes, domestiquée au Mexique

L’origine de la tomate est à chercher du côté des cordillères andines, dans les régions qui correspondent aujourd’hui au Pérou, à l’Équateur, au Chili et à la Colombie. C’est là que poussait à l’état sauvage l’ancêtre de toutes nos variétés actuelles : une petite tomate cerise connue sous le nom scientifique Solanum lycopersicum cerasiforme, que l’on trouve encore aujourd’hui dans ces zones, et nulle part ailleurs.

Mais la domestication de la tomate, c’est-à-dire la sélection progressive de variétés à gros fruits adaptées à la culture, a eu lieu bien plus au nord, au Mexique actuel. Ce sont les Aztèques qui ont transformé cette modeste baie sauvage en plante cultivée. Ils l’appelaient tomatl en nahuatl, leur langue, ce qui signifie littéralement « fruit charnu ». Le mot a traversé l’Atlantique presque intact, et c’est de là que nous vient notre « tomate ».

Les conquistadors la ramènent en Europe (sans vraiment savoir quoi en faire)

C’est après la conquête de Mexico par Hernán Cortés, entre 1519 et 1523, que la tomate fait son entrée en Europe. Les conquistadors espagnols la rapportent avec eux, aux côtés du maïs, du cacao et de la pomme de terre. Sauf que, contrairement à ces derniers, la tomate ne suscite pas d’engouement immédiat.

Et pour cause : elle appartient à la famille des Solanacées (à expliciter : une famille botanique qui regroupe aussi bien des plantes comestibles que des espèces très toxiques). Sa ressemblance avec la mandragore ou la belladone, deux plantes réputées dangereuses, lui vaut une méfiance tenace. Pendant plus de deux siècles, elle est cultivée en Europe du Nord et en France uniquement comme plante ornementale. On l’admire dans les jardins de curiosités, mais on ne la mange pas.

« Pomme d’or », « pomme d’amour » : la tomate change de nom selon les pays

Avant que le terme « tomate » ne s’impose, la plante a porté des noms bien plus évocateurs selon les régions où elle s’était installée.

Les Italiens l’ont baptisée pomodoro, littéralement « pomme d’or », parce que les premiers spécimens introduits dans la péninsule étaient jaunes. Ce détail change beaucoup de choses à l’image qu’on se fait de la tomate originelle : elle n’avait rien du fruit rouge vif que vous cultivez aujourd’hui dans votre potager.

En Provence, on l’a surnommée « pomme d’amour », en lui prêtant des vertus aphrodisiaques. Ce nom poétique reflète aussi le fait que c’est bien le Sud de la France qui a ouvert la voie à sa consommation alimentaire, bien avant le reste du pays.

L’Italie et la Provence, premières à passer à table

L’Italie a été le premier pays européen à consommer la tomate comme aliment, dès le XVIe siècle, notamment à Naples, alors sous domination espagnole. Ce n’est sans doute pas un hasard : la proximité culturelle avec l’Espagne a facilité le transfert des habitudes alimentaires.

En France, c’est la Provence qui adopte la tomate en premier, portée par les échanges méditerranéens. Mais le reste du pays reste longtemps réticent. La rupture intervient lors de la Révolution française : en 1790, pendant la Fête de la Fédération, des révolutionnaires marseillais montés à Paris réclament de la tomate dans les auberges de la capitale. Ce geste, anecdotique en apparence, marque le début d’une adoption nationale progressive.

Un essor mondial qui n’arrive qu’au XXe siècle

Il est souvent surprenant de réaliser que, malgré une présence en Europe depuis 500 ans, la tomate n’a connu son véritable essor industriel et mondial qu’au siècle dernier. C’est le développement du chemin de fer et des méthodes de conservation (conserves, concentrés) qui ont rendu possible sa diffusion à grande échelle. Avant cela, elle restait un produit fragile, difficile à transporter et à stocker.

Aujourd’hui, plusieurs milliers de variétés sont cultivées dans le monde entier. Toutes dérivent de cet ancêtre sauvage andin, sélectionné siècle après siècle par les agriculteurs mésoaméricains, puis par les horticulteurs européens.

Voici les principales étapes de ce voyage :

  • Vers 7000 av. J.-C. : premières traces d’utilisation en Amérique centrale
  • XVe-XVIe siècle : domestication aztèque au Mexique, nom « tomatl »
  • 1519-1523 : introduction en Europe par les Espagnols
  • XVIe-XVIIIe siècle : usage ornemental dominant en France et en Europe du Nord
  • 1790 : popularisation à Paris par les Marseillais
  • XXe siècle : industrialisation et diffusion mondiale

Un légume-fruit qui n’a pas fini de nous surprendre

Botaniquement, la tomate est un fruit (elle contient des graines et se développe à partir d’une fleur). Mais dans les usages culinaires et réglementaires européens, elle est classée comme légume. Cette ambiguïté remonte à une décision de la Cour suprême des États-Unis de 1893, qui l’a officiellement classée parmi les légumes pour des raisons… douanières.

Avant de planter vos premières tomates au potager, sachez que les variétés anciennes, issues de sélections paysannes transmises de génération en génération, sont souvent bien plus proches des caractéristiques originelles que les hybrides F1 du commerce. Elles demandent un peu plus d’attention, mais elles racontent une histoire que les tomates industrielles ont depuis longtemps oubliée.